Le 19 avril 2025, les planches vibreront d’un souffle particulier. Ce ne sera pas simplement du théâtre. Ce sera un acte de mémoire, un acte de transmission, un acte de résistance. En mettant en scène Monnaie d’Échange, la troupe Les Masques Terribles, sous la houlette du vétéran Ndundu Kivuila, ne célèbre pas uniquement la naissance du dramaturge Mikanza Mobyem. Elle ravive une parole essentielle, toujours brûlante d’actualité : celle d’un théâtre qui refuse l’oubli et qui questionne sans relâche les dérives de notre société.
Mikanza Mobyem, ce nom résonne comme une conscience dans l’histoire du théâtre congolais. Son parcours — fondateur du Théâtre National, professeur à l’INA, formateur de générations d’artistes — en dit long sur la stature de cet homme qui a compris, avant beaucoup, que le théâtre ne devait pas se contenter de divertir. Il devait déranger. Réveiller. Interpeller.
Monnaie d’Échange est l’une de ces œuvres qu’on ne traverse pas indemne. Par le destin brisé de deux orphelins pris dans l’étau de la corruption, Mobyem met en scène un drame intime qui reflète un désastre collectif. Dans ce Congo où les principes vacillent et où les idéaux sont troqués contre des postes, des privilèges, des silences complices, le théâtre devient un cri. Celui d’une génération sacrifiée, d’un peuple en quête de justice, d’une mémoire en lutte contre l’amnésie organisée.
C’est là toute la force de cet événement : rappeler que le théâtre congolais ne vit pas dans les marges, mais au cœur du réel. Que l’INA – devrait idéalement acceuilir cet évènement -, malgré les épreuves, demeure un bastion de création, de réflexion, de transmission. Et que des personnalités de la scène théâtrale comme Ndundu Kivuila, qui fut à la fois collègue et compagnon de route de Mobyem, incarnent la continuité de la mémoire et sa transmission aux jeunes générations.
Le 19 avril ne sera donc pas qu’un hommage. Ce sera un miroir tendu à notre société. Une invitation à réfléchir, à débattre, à ne pas détourner le regard. Car comme le rappelle Monnaie d’Échange, lorsque les voix s’éteignent, que la justice chancelle, et que l’on se tait par confort ou par peur, le prix à payer est souvent irrémédiable.
Et si le théâtre pouvait encore changer les choses ?








